Enquête : comment l’État burundais étouffe ses hôpitaux

Capture plein écran 19052014 190729La dette de l’État burundais envers les hôpitaux publics s’alourdit chaque année. Le problème vient pourtant d’une bonne intention : un accès gratuit aux soins pour certains citoyens. Enquête dans la capitale du pays, Bujumbura, où l’hôpital militaire de Kamenge et l’hôpital Prince Régent Charles souffrent de l’incapacité de l’État à honorer ses engagements.

Commune urbaine de Buyenzi, au cœur de la capitale burundaise. Les patients affluent à l’hôpital Prince Régent Charles, un des meilleurs hôpitaux publics. De la maternité à la pédiatrie en passant par la médecine interne, la chirurgie ou encore les urgences, tous les services fonctionnent à plein régime. Mais cette haute fréquentation ne profite pas vraiment à l’hôpital. En effet, nombreux sont les patients qui se font soigner sur les comptes de l’État, sans que celui-ci ne s’empresse de payer. Même situation au nord de Bujumbura, à l’hôpital militaire de Kamenge, dans la commune Gihosha : le nombre de patients augmente, et la liste des factures impayées s’allonge.

 La double cause de l’accroissement des dettes de l’État envers ses hôpitaux
1. D’une part, l’État s’endette par sa politique de gratuité des soins pour les enfants de moins de cinq ans et pour les femmes enceintes. L’État doit normalement rembourser aux hôpitaux les frais liés à ces soins, mais ne le fait pas ou avec beaucoup de retard. Cet endettement est partiellement comblé par les fonds normalement destinés à améliorer les performances des hôpitaux, notamment pour motiver le personnel de santé (par exemple pour payer les heures supplémentaires prestées) et rénover les infrastructures, afin « d’améliorer la qualité des soins pour les patients », explique le directeur de l’hôpital militaire de Kamenge, docteur Marc Nimburanira.Les hôpitaux publics souffrent alors d’une spirale de l’endettement, où l’argent débloqué par l’État pour améliorer le fonctionnement et la qualité des services de santé est utilisé pour pallier la mauvaise gestion de la politique de gratuité des soins.2. D’autre part, certains ministères s’endettent pour fournir un accès aux soins pour certaines personnes, comme, entre autres, les militaires, les policiers ou encore les prisonniers malades. Le directeur de l’hôpital militaire de Kamenge estime que, pour son établissement, « les dettes des organismes de l’État s’élèvent à plus de trois milliards et demi de francs burundais » (environ 1,6 million d’euros) à la date du 31 décembre 2013.

Pour l’hôpital Prince Régent Charles, elles sont évaluées « à près d’un milliard de francs burundais » (460 000 euros), selon son directeur administratif et financier, Jean-Claude Havyarimana.

« Tout est pour l’État »
Parmi ces organismes, on trouve le ministère de la Santé publique et de la lutte contre le sida, celui de la Sécurité publique, celui de la Défense nationale, celui de la Solidarité nationale et la Direction générale des affaires pénitentiaires, qui est du ressort du ministère de la Justice. Ces administrations peinent à payer les factures à temps, celles du premier trimestre de 2014 n’étant même pas encore établies.

Une fois établies, les factures sont transférées vers les organismes concernés, qui les envoient à leur tour au ministère des Finances. « Tout est pour l’État », explique un responsable du ministère de la défense nationale, qui souhaite rester anonyme. Mais l’État a du mal à honorer ses engagements à temps. Au sein de la commission chargée de chiffrer les arriérés de l’État, « on prévoit de recenser toutes les dettes que le gouvernement doit aux hôpitaux. »

Une fois cet inventaire établi, les données sont transmises à la Cour des comptes, qui devra contrôler ce constat. C’est au terme de cet audit que le ministère des Finances pourra payer ses dettes aux hôpitaux. Et à la fin de cette longue procédure, la note risque d’être salée puisque « ce travail concerne la période de 2006 jusqu’au 31 décembre 2013 », précise notre source.

« Des factures qui s’accroissent avec le temps »
Mais factures payées ou non, les patients continuent à affluer, alourdissant ainsi « des factures qui s’accroissent avec le temps ». Ces dettes ont des conséquences sur le fonctionnement des hôpitaux : « il est difficile de payer le personnel, d’acheter des produits pharmaceutiques, et de faire face aux charges variées » , constate le directeur administratif et financier de l’hôpital Prince Régent Charles.Les responsables des hôpitaux burundais ont un souhait : que leurs arriérés soient payés, au moins progressivement, afin que le retard ne dépasse jamais l’année en cours. Ils plaident aussi pour une véritable séparation entre les deux politiques de financement : « S’il y avait des fonds pour supporter la gratuité et une politique de financement basé sur les performances à part, cela permettrait aux institutions hospitalières de mieux fonctionner », explique le docteur Nimburanira.

19.05.2014, Par Léonce Bitariho, Bujumbura, http://www.rnw.nl/afrique

Publié le 19 mai 2014, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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