Nkurunziza fait le ménage dans son gouvernement, les manifestations continuent

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Des soldats burundais s’affrontent le 18 mai 2015 entre eux après que des tirs sur les manifestants dans le quartier de Musaga, à Bujumbura

Quatre jours après l’échec d’un putsch et en pleine crise politique, le président burundais Pierre Nkurunziza a limogé lundi son ministre de la Défense, jugé trop conciliant avec les manifestants qui ont poursuivi leur mobilisation contre un troisième mandat présidentiel.

La présidence n’a pas motivé le limogeage du général Pontien Gaciyubwenge. Mais selon un haut cadre du parti au pouvoir Cndd-FDD, l’officier est « victime de sa gestion des manifestations et des ordres qu’il a donnés qui semblaient contredire ceux du président ».

Début mai, alors que la capitale Bujumbura était déjà secouée depuis près d’une semaine par les manifestations anti-troisième mandat, interdites et réprimées par le pouvoir, le général Gaciyubwenge avait réaffirmé la neutralité de l’armée et demandé à ce que cessent les atteintes aux droits constitutionnels des Burundais. Il avait pris le contre-pied du ministre de la Sécurité publique, Gabriel Nizigama, qui venait d’annoncer un durcissement de la répression.

Le ministre de la Défense est débarqué en même temps que son homologue des Relations extérieures, Laurent Kavakure, qui, selon le même cadre du Cndd-FDD, paie pour ne pas avoir su « convaincre la communauté internationale sur les questions de l’heure »: les communautés internationale et régionale, dont l’Union africaine (UA), ont multiplié ces derniers mois les mises en garde contre un troisième mandat de M. Nkurunziza.

M. Kavakure est remplacé par un diplomate très au fait des arcanes de l’UA, l’actuel ambassadeur du pays auprès de l’organisation panafricaine, Alain Aimé Nyamitwe. Sa nomination intervient alors qu’un nouveau sommet est-africain sur la crise politique burundaise vient d’être annoncé, à une date encore inconnue.

Le général Gaciyubwenge est lui remplacé par Emmanuel Ntahonvukiye, ancien magistrat et premier civil nommé à ce poste depuis une cinquantaine d’années. Officiellement apolitique mais connu pour ses sympathies pro-pouvoir, le nouveau ministre aura sans doute moins d’ascendant sur les forces armées que le chef d’état-major Prime Niyongabo, qui a montré sa fidélité sans faille au président lors du coup d’Etat manqué et dans la gestion des manifestations.

Le Burundi est plongé dans une grave crise politique depuis fin avril, avec un mouvement de contestation populaire contre la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat à l’élection présidentielle du 26 juin. Ces manifestations, interrompues par la tentative manquée de coup d’Etat la semaine dernière et avant cela sévèrement réprimées par la police, ont été émaillées de nombreuses violences qui ont fait une vingtaine de morts.

Alors qu’approchent aussi des élections législatives et municipales (en théorie le 26 mai, mais elles pourraient être reportées), plus de 100.000 Burundais ont fui dans les pays voisins, terrorisés par le climat pré-électoral.

– Peur de la répression –

Lundi, les manifestations ont repris à Bujumbura et ont été gérées avec difficulté par l’armée, qui pour la première fois a remplacé la police pour maintenir l’ordre.

Visiblement mal à l’aise dans cette fonction, sans la moindre matraque ou bouclier, les militaires ont fait usage de leurs armes pour des tirs de sommation mais n’ont tiré sur la foule, malgré d’évidentes tensions dans leurs rangs sur l’attitude à adopter face aux manifestants.

Cinq jours après l’échec du coup d’Etat mené par un général et ex-compagnon d’armes du président Nkurunziza, ce déploiement militaire aurait pu marquer la reprise en main de l’armée par le pouvoir. Il a au contraire illustré les divisions persistantes au sein de ce corps, jusqu’à présent loué par les manifestants pour sa neutralité, qui avait refusé de prendre part à la répression et s’interposait même entre protestataires et policiers pour éviter les dérapages.

Toute la matinée, des centaines de manifestants se sont rassemblés dans plusieurs quartiers périphériques de Bujumbura, à Musaga, Niyakabiga, Cibitoke, foyers de la protestation depuis son début le 26 avril, avec l’objectif affiché « d’entrer » sans provocation ou violence en centre-ville, au « vingt-troisième » jour de la contestation contre un troisième mandat qu’ils jugent inconstitutionnel.

Partout, les scènes étaient les mêmes: des petits groupes de manifestants jouant au chat et à la souris malgré les tirs de sommation des soldats, souvent plus nombreux et lourdement armés, et une police quasiment absente.

Les autorités burundaises, qui ont lié le coup d’Etat au mouvement de contestation dans la rue, continuent d’exiger l’arrêt du « soulèvement » populaire, et ont averti les manifestants qu’ils seront désormais « traités comme » des putschistes.

Ces menaces n’ont pas empêché les manifestants les plus déterminés de se rassembler, mais la peur de la répression annoncée a dissuadé de nombreux sympathisants du mouvement.

A Cibitoke, un habitant a expliqué soutenir les protestataires, en leur distribuant notamment de la nourriture, mais ne pas se joindre aux manifestations par « peur » de la réaction du pouvoir.

« C’était courageux de manifester aujourd’hui après toutes les menaces que les manifestants ont reçu des autorités ce week-end (…) et la présence de nombreux militaires lourdement armés », a dit à l’AFP Pacifique Nininahazwe, un des leaders du mouvement anti-troisième mandat. Il a prédit pour mardi des manifestations « plus importantes ».

18.05.2015, AFP

Publié le 18 mai 2015, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Qu’ ils manifestent mais arrêtent de bafouer les droits d autres citoyens qu’ ils empêchent de vaquer à leurs activités quotidiennes en les prenant en otage dans les quartiers
    Respecter le droit des enfants à l éducation
    Réclamer le respect d un article de la constitution en violant plusieurs c est paradoxal

  2. NDIHOKUBWAYO Floride

    Floride Ndihokubwayo
    Emwe ntaco tutazobona ku ntwaro ya CNDD- FDD!!! Mbe uwo mu magistrat Emmanuel NTAHOMVUKIYE aje ngo aterere iki Ubushikiranganji bwo kwivuna abansi, ko ata expérience afise mu bijanye n’igisoda!!! Ce régime ne favorise que la médiocrité, il sera figurant et ne prendra aucune décision. NKURUNZIZA abandanya ategura umugambi wabo na Dolufu. Bien que les Accords d’Arusha préconisaient jusqu’ici la parité entre EX FAB et EX FDD ibintu birahindutse, Arusha yarasenywe, les EX FAB bariko baraba écarter. Ubu ubutegetsi bwose bwo mu gisoda bufise Prime NIYONGABO, uyu nawe il n’est pas neutre, il est prêt à commetre l’irréparable pour défendre son chef NKURUNZIZA. Emwe sinzi iyo Uburundi buriko buraja.

  3. Bukuru Etienne

    Kiracari mono ethnique.

  4. Se battre aujourd’hui pour la mise en garde de la démocratie au Burundi n’est vraiment pas synonyme de s’affronter pour une place à la présidence de la République bien que les deux luttes pourraient être interdépendantes entre elles, mais hélas, difficiles à mener sur un même front, si courir deux lièvres à la fois n’a jamais été facile pour personne. Vaut mieux alors se pencher sérieusement sur un aspect à la fois au risque de tout perdre. Et pour ce faire, je préconiserais que l’on commence en premier par VIDER tout problème d’INSÉCURITÉ qui prévaut actuellement au Burundi suite à la controverse suscitée par la candidature et 3è mandat du Président sortant Nkurunziza, et celle également à l’origine du putsch récemment avorté. Ensuite, il serait très important que l’on éclaircisse les règles du mécanisme des scrutins présidentiels à venir, si chaque compétiteur dans la course a présentement un programme bien établi à faire valoir auprès de l’électorat burundais, sans quoi nous risquons de louper les vraies affaires et s’en tenir qu’à des discours futiles voire même incendiaires tout au long de la campagne électorale. Et enfin, un cadre de dialogue inclusif est de mise si chaque partie dans cette situation confuse(imbroglio) a une volonté réelle de voir le Pays et son Peuple repartir sur de bonnes bases. Tout entêtement est à éviter car il n’augure rien de probant. À bon entendeur salut!

    • bien dit NDAYIZEYE. La source de cette situation est bel et bien Nkurunziza. Il faut qu’il renonce à son projet sale et puis, les politiciens vont discuter de la suite. Mais pour nous la population, nous ne voulons que le respect de la constitution et des accords d’Arusha. Nous ne voulons pas un parti qui veut imposer la dictature. Plus jamais. Nous sommes déterminés à le freiner quoi que ce soit.

      • Dany. il ne faut pas qu’un seul personne censé avoir l’esprit patriotique sacrifie toute la nation. bon est de quitter le pouvoir.

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