Christine Deslaurier : « Pierre Nkurunziza avait bien préparé ses arrières »

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Démontage de barricades à Bujumbura, le 16 mai 2015. © Jérome Delay/AP/SIPA

Historienne à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), rattachée à l’Institut des mondes africains (IMAF), Christine Deslaurier, spécialiste du Burundi contemporain, a enquêté auprès de militaires issus des forces armées burundaises et de l’ex-rébellion CNDD-FDD. Pour J.A., elle revient sur les lignes de force du putsch avorté.

Jeune Afrique : Avez-vous été surprise par la tentative de coup d’État conduite par le général Niyombare ?

Christine Deslaurier : J’ai été davantage étonnée par la confusion qui a régné à la suite de son annonce – qui semble indiquer que Niyombare n’avait pas forcément bien mesuré les équilibres au sein des forces de sécurité – que par l’identité de son initiateur.

Car parmi les chefs de file du CNDD-FDD susceptibles de représenter les cadres et officiers en rupture, il figurait en première ligne. Ancien chef d’état-major, il avait été progressivement mis sur la touche avant d’être purement et simplement limogé en février. Godefroid Niyombare correspondait au portrait-robot d’un possible putschiste : leader historique du CNDD-FDD, ouvertement opposé à un troisième mandat de Nkurunziza, très populaire à Bujumbura et au sein de la société civile…

Christine Deslauriers, historienne à l'IRDAu sein du CNDD-FDD, deux généraux emblématiques incarnent des tendances antagonistes : le « dissident » Godefroid Niyombare et le « faucon » Adolphe Nshimirimana, resté loyal au président Nkurunziza…

Sociologiquement, ils sont issus de milieux différents, même si tous deux ont grandi à Kamenge, un quartier populaire de Bujumbura qui a longtemps fait figure de bastion hutu et fut le berceau de la rébellion du CNDD-FDD. Mais le « général Adolphe », un ancien kokayi – ces apprentis qui rabattent les clients dans les petits bus -, a appris la vie dans la rue, alors que Godefroid Niyombare a fait des études supérieures et travaillait dans une entreprise de télécommunications avant de rejoindre la rébellion.

Pendant la guerre, Nshimirimana était davantage perçu comme un homme d’action et Niyombare comme un stratège. Au sortir de la rébellion, le premier a dirigé pendant dix ans le Service national des renseignements, très brutal et coercitif, alors que Godefroid Niyombare a contribué à la réforme de l’armée en tant que chef d’état-major et a noué, dans ce cadre, des liens à l’étranger. Ces deux officiers incarnent, respectivement, les pôles radical et modéré du CNDD-FDD.

Chaque camp a eu pour priorité de prendre le contrôle des radios du camp adverse. Ce média a-t-il une importance particulière au Burundi ?

Pour le régime Nkurunziza, les radios privées sont l’incarnation de l’opposition. Elles sont par ailleurs le seul média susceptible de toucher l’ensemble de la population, largement illettrée. Par l’intermédiaire des radios se livre donc une guerre des mots qui résonne jusqu’à l’intérieur du pays.

Or depuis 2010 au moins, les pro-Nkurunziza savent qu’ils ont perdu Bujumbura ; c’est pourquoi il est capital pour eux de contrôler l’information en direction des collines afin d’empêcher toute propagande antigouvernementale de s’y répandre. Au Burundi, les radios sont une force politique à part entière, pas seulement un contre-pouvoir.

Quelles leçons peut-on tirer de l’échec des putschistes et à quoi doit-on s’attendre désormais ?

Dès lors que les putschistes ne parvenaient pas à se rendre maîtres de la RTNB [la radio-télévision nationale], leur échec était sinon prévisible, du moins probable. Avant de partir pour la Tanzanie, où il assistait à un sommet régional, Pierre Nkurunziza avait manifestement bien préparé ses arrières : Niyombare n’est pas parvenu à faire basculer les forces armées, notamment la garde présidentielle, qui a défendu les principaux points stratégiques de la capitale.

Nkurunziza en sort renforcé, même si cet épisode montre des défaillances au sein du CNDD-FDD qui vont probablement donner lieu à de nouvelles purges, lesquelles n’auront rien de tendre. D’une certaine manière, ce putsch manqué aura permis de clarifier dans quel camp se situent les opposants, au sein de l’armée et de la police. Par ailleurs, face aux manifestants, les forces de sécurité sont désormais sûres de leur puissance.

21/05/2015 à 12:17 Par Propos recueillis par Mehdi Ba, http://www.jeuneafrique.com

Publié le 21 mai 2015, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. Turiho Charles

    Il faut plutôt dire que Nkurunziza avait bien préparé ce putsch pour des raisons déjà évoquées dont le sommet de Tanzanie où il n’avait rien à exposer, la fermeture des radios privées, l’arrêt des manifestations contre le troisième mandat et surtout la division des forces de l’ordre en larguant au dernier plan ceux qui sont venus des F.A.B. Où est-ce que tout ça va mener le peuple burundais

  2. Le putch raté montre bel et bien que Peter va briguer le 3ème mandat sans problème malgré les pressions de la communauté internationale

  3. Le Président Pierre Nkurunziza a trahi son serment, le CNDD-FDD est un parti terroriste
    et génocidaire à l’image des FDRR du Rwanda d’avant 1994!
    (Mon analyse est motivé par la désorientation qu’inspire l’analyse de la Prof. Christine Deslaurier faite dans l’article : « Pierre Nkurunziza avait bien préparé ses arrières »)
    ____________________________________________________________________
    Permettez-moi de partir d’une citation, pas comme les autres, le Serment du Président de la République du Burundi, même si j’y reviens à la fin de mon argument.
    « Devant le peuple burundais, seul détenteur de la souveraineté nationale, moi, (énoncer le nom), Président de la République du Burundi, je jure fidélité à la Charte de l’Unité Nationale, à la Constitution de la République du Burundi et à la loi et m’engage à consacrer toutes mes forces à la défense des intérêts supérieurs de la nation, à assurer l’unité nationale et la cohésion du peuple burundais, la paix et la justice sociales. Je m’engage à combattre toute idéologie et pratique de génocide et d’exclusion, à promouvoir et à défendre les droits et libertés individuels et collectifs de la personne et du citoyen, et à sauvegarder l’intégrité et l’indépendance de la République du Burundi », Art.106 de la Constitution.

    Au cas où le coup d’état dont l’annonce a épaté des millions des Burundais assoiffés d’un changement au niveau de l’éxecutif aurait réellemet été le vrai dans le sens classique, et pas un montage pour se faire de la publicité éphémère d’un régime dégringolant, l’analyse de la Prof. Christine Deslaurier serait vraie. Mais je doute fort que ledit coup aurait accouché d’une souris! Je pense qu’il serait plutôt enrichissant de partir des hypothès qu’inspirait le climat dans lequel ledit coup a eu lieu pour philosopher dans le sens de prouver au monde des lecteurs que ça ne valait pas du tout la peine de renverser un gouvernement qui n’a même pas un mandat légal (constitutionnel) de 3 mois aux affaires! Admettre qu' »IL Y A EU TENTATIVE DE COUP D’ETAT » donnerait de l’espoir au camp Nkurunziza qu’ils ont encore la légitimité dans un pays dont ils ont trahi le serment ci-haut qui les ont mis au pouvoir! Le coup d’état inventé dans le laboratoire du CNDD-FDD, à travers le fameux géni Nyamitwe que seul Nkurunziza croit plus intelligent que tous les citoyens du monde entier qui convergent que (1 mandat +1 mandat =2 mandats, et pas 1), était conçu pour boycotter le Sommet des Chefs d’Etat de la Sous-région du 13 mai à Arusha, et visait à incendier les radios privées, comme il avait été prévenu par certains individus du Service National de Renseignement impliqués dans les préparatifs et l’éxecution de ces raids, à travers les mêmes média une semaine avant l’incident, afin de massacrer tous les opposants au 3ème mandat sans témoins, comme l’avait annonçait un certain Fidèle Nsengumukiza lors d’une émission Kabizi de la RPA où Frédéric Bamvuginyumvira était l’invité du jour en 2013 (https://www.youtube.com/watch?t=13&v=sz5sMVZ2YWk)! Même si le Burundais oublient vite (ariko TUGONA TURI MASO quand même), l’affaire Fidèle Nsengumukiza, et sa gestion par les tribunaux du CNDD-FDD suffisaient pour interpréter les faits actuels, et établir les responsabilités.
    Toute interprétation des actions menées par le Camp Nkurunziza à travers la police nationale, les Imbonerakure, et certains éléments de l’armée, ainsi que la gestion des conséquences de son intention de briguer un 3 ème mandat qui viole la constitution ne doit pas négliger les multiples déclarations émises par les membres du parti CNDD-FDD à différentes occasions au cours des 10 dernières années. C’est la politique du parti CNDD-FDD, et ce dernier devra répondre un jour aux différents crimes qu’on a connus depuis leur ascension au pouvoir!

    En outre, au lieu de renforcer le camp Nkurunziza, ledit coup d’état a été conçu pour achever leur nouvel agenda de sortir de l’impasse actuel à travers la fragmentation de notresociété en ravivant les démons de la haines ethnique qu’on croyait avoir dépassée. En confiant le commandement de l’armée nationale au Chef d’état Major Prime Niyongabo de l’éthnie hutue (MEME si ce dernier ne représente pas du tout la majorité des patriotes Hutus opposés au 3ème mandats, car on a beaucoup de Hutus réprimés par la police et les Imbonerakure Hutus), le Président Nkurunziza s’enfonce plus dans les actes de trahison définis par le serment qu’il a prêté deux fois. Nous devons plutôt le traduire devant les tribunaux tant nationaux qu’intenationaux qui devront nous relever tous les dérapages qui l’ont caractérisé, par des discours et par des actes, en se basant au serment qu’il a prêté, tel que défini par la Constitution de la République du Burundi, afin d’imposer des réparations et faire justice aux victimes! Il serait naïf de préconiser qu’il quitterait juste le pouvoir pour hériter automatiquement le siège de Sénateur à vie! L’opinion devra sans doute délibérer son éligibilité à ce poste.

  4. Cette femme m étonne je doute de tout ce qu’ elle vient de raconter
    quand est ce qu Adolphe a été kokayi je veux une réponse claire de sa part (la période )comme ça je vais me prononcer

  5. Christine Deslaurier dit : » les forces de sécurité sont désormais sûres de leur puissance ». je doute très fort. Time will tell. Presque quatre semaines de preuve pour ces braves patriotes de bujumbura face à une police non professionnelle, brutale ,armée jusqu’aux dents et au service du pouvoir. Face à l’injustice de ce même pouvoir, les manifestants sont prêts à tout. quel héroisme. Par son injustice NKURUNZIZA a crée L’INTIFADA à bujumbura mais la suite ne lui sera pas favorable. La majorité des burundais soutiennent les manifestations, et pouvaient même manifester à l’intérieur du pays, mais ils ont peur de la présence des milices « imbonerakure » du pouvoir, car ils seront immédiatement tués la nuit d’après, s’ils allaient dans les rues, et ils ont été bien avertis par l’administration et la milice. Dans un pays sans média et en état de siège avec un président psychiquement malade, je dis bien malade! on se demande ce que les burundais ont péché pour n’avoir jamais passé aucune décénie de paix depuis l’indépendance! Hier on fuyait les regimes tutsis, aujourdh’hui on fuit le régime hutu. A quand la fin de l’éxode mes frères et soeurs hutus-tutsis-twas dont la faim , le choléra ainsi que d’autres maux les attendent! FAUX -IL SACRIFIER DES DIZAINES DE MORTS AINSI QUE PLUS D’UNE CENTAINE DE MILLIERS DE REFUGIERS CONTRE UN SEUL HOMME ? ET PIRE ENCORE, UN HOMME TROUBLE!

    • de 1976 a 1987 aucun burundais n’a fui sa patrie.et pourtant on passe sous silence cette epoque de la vie politique burundaise.pourquoi?le manque d’honnetete est une maladie chronique dont souffrent beaucoup de bururndais.un peuple sans histoire est un monde sans ame.a mediter

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