L’Afrique de l’est confrontée au cas du Burundi

https://i1.wp.com/i.f1g.fr/media/figaro/805x453_crop/2015/06/01/XVMc78ca7d4-0863-11e5-b3e9-29fbf0bd3cfd.jpgLe gouvernement burundais dit «accueillir favorablement» la demande des États d’Afrique de l’est de reporter les élections, prévues vendredi, «d’au moins un mois et demi», tandis que l’opposition peine à réunir des manifestants, choqués par la violence de la répression.

Le week-end fut calme au Burundi. Les manifestations hostiles au président Pierre Nkurunziza ont marqué le pas. Ce n’est pas tant que l’opposition au chef de l’état désarme, mais que son attention se portait sur la Tanzanie.

Dimanche, les pays d’Afrique de l’Est s’y étaient réunis en sommet pour tenter de trouver une solution à crise qui menace la paix civile au Burundi. Les présidents ougandais, tanzanien et kényan, auxquels s’était ajouté le sud-africain Jacob Zuma, ont réclamé «un long report des élections (…) pas moins d’un mois et demi». Ils ont en revanche soigneusement éludé la question posée par la volonté de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat présidentiel, pourtant au centre des tensions. Une décision en demi teinte qui reflète les difficultés des pays d’Afrique de l’est à définir une position commune dans ce dossier délicat, et la répugnance des chefs d’État africains à dicter sa conduite à l’un de leur pair.

Pierre Nkurunziza, prudent, ne s’était pas déplacé. Le 13 mai dernier, il avait dû faire face à une tentative de coup d’état alors qu’il avait quitté le Burundi pour précisément se rendre à un premier sommet à Dar es Salam en Tanzanie.

L’agacement du Rwanda

À Bujumbura, l’opposition s’est immédiatement dite «déçue». «Nous ne sommes pas descendus dans la rue pour obtenir le report d’un mois et demi des élections», a ainsi déclaré à l’AFP l’un des leaders de la contestation, Pacifique Nininahazwe.

La présidence burundaise, a pour sa part, accueilli «positivement la proposition des chefs de l’État». Mais aucun report des scrutins n’avait officiellement été annoncé lundi. Les législatives sont toujours prévues le 5 juin, suivies par la présidentielle le 26 juin, et par les sénatoriales le 17 juillet. Le précédent sommet est-africain avait déjà réclamé la modification du calendrier, sans grand résultat: les législatives avaient seulement été décalées d’une semaine.

Cette fois, cependant, la pression semble plus forte sur le gouvernement burundais. L’absence au sommet de Paul Kagamé a été remarquée et signe l’agacement du président rwandais vis-à-vis de son homologue burundais. L’Afrique du sud hausse aussi un peu le ton, elle qui joue son prestige dans cette négociation. La signature des accords d’Arusha en 2000, qui avaient mis un terme à la guerre civile, demeure la plus grande victoire diplomatique de Pretoria.

Des positions inconciliables

Un report des élections permettrait de gagner un peu de temps pour trouver une solution de fond à la crise. Un défi tant les positions des uns des autres semblent inconciliables. Les protestataires sont farouchement opposés à un troisième mandat du président Nkurunziza, jugé anticonstitutionnel et contraire aux accords d’Arusha.

Le camp présidentiel, poussé par des «faucons», a lui clairement prévenu que ce droit à un nouveau quinquennat est une «ligne rouge» non négociable. Des semaines de manifestations vivement réprimées au prix d’au moins 20 morts n’ont fait qu’exciter les antagonismes. L’opposition affirme toujours un peu plus sa volonté de lutter par tous les moyens contre ce qu’elle considère comme un putsch constitutionnel. En réponse, le pouvoir accroît sa brutalité. Le coup d’état avorté de 13 mai a achevé d’enterrer les ébauches de dialogue, puis a encore radicalisé la situation.

Accusés de sympathie avec les militaires rebelles, les médias privés ont été fermés. Les chefs de la société civile, qui mènent la contestation, sont désormais clairement menacés, tout comme leurs proches. Environ 800 personnes ont été arrêtées ces dernières semaines. Face à cette détérioration, la puissante Église catholique et l’Union européenne ont annoncé leur retrait du processus électoral.

«De tout façon, dans un tel contexte, mener une campagne ou organiser des élections transparentes est tout simplement impossible», souligne Thierry Vircoulon, chercheur au centre d’analyses International Crisis Group (ICG). «Les conditions techniques ne sont pas réunies pour voter. S’ils devaient y avoir un scrutin, cela ne pourrait être qu’une catastrophe», assure un diplomate. Selon certaines sources, une délégation de chef d’états africains pourrait se rendre dans les jours prochains à Bujumbura pour essayer, une fois de plus, de mettre un terme à ce fiasco annoncé.

Tanguy Berthemet, le 01/06/2015 à 16:30, http://www.lefigaro.fr/international/

Publié le 1 juin 2015, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Bienvenue sur notre forum de discussion. Postez votre commentaire en restant courtois et poli. Les commentaires redigés en MAJUSCULES ne passeront pas. Merci.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :