La jeunesse au cœur de la crise

La jeunesse au cœur de la crise

Par Eric Ndayikengurutse* et Samuel Pommeret**

Capture plein écran 23072015 095830Manipulés ou ignorés, les jeunes et le sort qui leur est fait sont la partie immergée du conflit politique et social autour du troisième mandat.

Depuis plus de deux mois, le Burundi s’enfonce dans la crise. La cause est connue : la volonté du président sortant de se représenter pour un troisième mandat en dépit de la Constitution et des accords de paix d’Arusha, mais nul ne connaît l’issue de ce conflit politique et social majeur. Au cœur de cette crise, une figure centrale émerge : celle du « jeune Burundais ». Il a plusieurs visages : celui de la victime de la répression policière ou du jeune Imbonerakure, militant du parti présidentiel, celui du chômeur des quartiers populaires ou du militant de la société civile mobilisé contre le « troisième mandat », celui de l’intellectuel engagé ou du réfugié, mais, en tout état de cause, il est partout présent… et pourtant si absent.

Les jeunes ignorés des politiques publiques…

Au-delà de « l’étincelle du troisième mandat », c’est bien sûr du terreau du chômage de masse et de l’absence de perspective pour la jeunesse que la contestation a germé.

Dans ce pays post-conflit, 66 % de la population a moins de 25 ans et 65 % de la population active est constituée de jeunes âgés de 20 à 24 ans. Ils sont omniprésents, et pourtant largement ignorés par les politiques publiques. La croissance, proche de 5 % ces dernières années, reste instable et exclusive. En offrant insuffisamment d’emploi, elle ne permet pas la résorption de la pauvreté et les primodemandeurs d’emploi constituent 60 % des sans-emploi. De très nombreuses disparités existent entre les secteurs économiques : le secteur primaire emploie 90 %  de la population active alors que le secteur tertiaire n’emploie que 8 % de la main-d’œuvre. Aussi, le secteur privé informel est-il le premier employeur du pays. Les femmes sont particulièrement touchées, avec un taux de chômage plus élevé, un accès plus difficile à certains secteurs de l’économie et une plus grande difficulté pour accéder à des postes de décision.

… et engagés dans les réseaux de résistance de la société civile

Pour les jeunes Burundais, la précarité est la norme et le manque de perspective le lot commun. En situation de dépendance financière, en proie à toutes les tensions, ils sont potentiellement à la merci de manipulations de la part des acteurs politiques, qui les poussent à la violence en échange de gratifications financières. Les Imbonerakure (« les visionnaires ») du parti CNDD-FDD en sont un témoignage. La crise révèle aussi une autre jeunesse engagée dans les organisations de la société civile et dans les réseaux mobilisés contre le troisième mandat. Connectée, les yeux rivés sur d’autres mouvements africains (comme les « Y’en a marre » sénégalais, le « Balai citoyen » burkinabé ou « Filimbi » en République démocratique du Congo), elle est entrée dans le débat citoyen, avec, au-delà du refus du troisième mandat, la volonté d’ouvrir de nouveaux espaces de débats sur les questions de démocratie et, plus largement, sur l’avenir de leur pays. Deux jeunesses burundaises bien différentes, mais deux jeunesses « engluées » dans la même réalité.

Au-delà de la crise, construire une paix durable et une démocratie réelle passera obligatoirement par la promotion de l’emploi et l’éveil citoyen des jeunes à travers l’éducation au dialogue, aux valeurs démocratiques et à la résolution pacifique des conflits. L’implication effective des jeunes dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques est indispensable pour relever ces défis. Cela vaut pour les autorités burundaises, mais aussi pour les partenaires techniques et financiers. Ils doivent prioriser les besoins des jeunes dans les appuis qu’ils apportent au Burundi. Sans cet engagement indispensable, on peut craindre que le Burundi ne puisse tourner la page de la violence.

* Coordinateur national du Réseau des organisations des jeunes en action pour la paix, la réconciliation et le développement au Burundi.

** Chargé de mission Grands Lacs au CCFD-Terre Solidaire.

http://afrique.lepoint.fr/

Publié le 23 juillet 2015, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. 7 Commentaires.

  1. pourqoui muguma mutanga exemples mbi ku Mbonerakure none nizo miri izi manifs zaturiye ama pneus mu ngagara canke nizo eaturiye umuntu lu nyakabiga?où sont passés les soit disant leaders de la societe civiles

  2. Ko mutavuga Planing familial!!! Aho mureka abantu bakishinga kuvyaragura nki SIHA none bazorya amabuye??? Namwe nimumbarire!!! kenyera zigume mugufata ingingo zifasha igihugu aho gufata ingingo mbi zorohereza bamwe nabariya sinon abo nyene mugira ngo muriko murakingira nibo bazogaruka gushaka kugabura namwe ivyo mwabiriye akuya mubishaka canke mutabishaka!

  3. L’avenir du pays est dans la jeunnesse

  4. Les jeunes ont été manipulés par les leaders des soidisant défenseurs des droits de l’homme et de la société civile. Et pourtant ils les ont abandonnés et sont bien à l’étranger attisant le feu alors que les jeunes croupissent encore dans la misère. Il faut aussi qu’ils s’aprêtent à réparer le dommages causés pendant les mannifs.

    • @ nikura emery
      Ton commentaire est nul.
      Personne n’a manipulé ces jeunes. La plupart d’entre eux avaient la possibilité d’avoir 3 repas par jour ces 10 dernières années, aujourd’hui ils n’ont qu’un par jour. Ils avaient les moyens de manger de la viande 2 fois par semaine aujourd’hui ils n’en ont plus. Pour ne citer que le problème alimentaire. Tu n’es pas sans savoir que le Burundi est devenu le pays le plus misérable du monde. Les responsables de la misère qui frappe le Burundi ne sont pas les leaders de l’opposition ou société civile mais vos voyous et bandits actuellement au pouvoir.
      Donc, ne prenez pas ces jeunes pour des idiots. Au fil des années, ils ont grandi et sont simplement en âge de comprendre et de constater que leur niveau de vie s’est dégradé et que quelque chose ne tourne plus en rond dans le pays. Honte à vous !!!

  5. La faillite des politiques de developpement socio-economiques des regimes passes, education scolaire et superieure elitiste et inadequate, manque d’industries de production et de transformation pour generer des revenus et des emplois, un pays depandant de l’aide exteieure a hauteur de 52% du budget de fonctionnement, la corruption generalisee, etc…meme si la crise actuelle se resorbait et que l’actuel President Pierre Nkurunziza et son parti CNDD-FDD quittaientt le pouvoir d’une maniere ou d’une autre, les futures gouvernements qui arriveront au pouvoir au Burundi, feront face aux memes difficulties tellement le chomage des jeunes constitue une perpetuelle bombe a retardement.Des reformes en profondeur du systeme educatif, une politique agricole volontaliste pour augmenter et ameliorer la production pour la consommation locale et l’exportation, l’ouverture du pays aux capitaux etrangers,une cooperation regionale pour exporter vers les pays voisins le surpris de main-doeuvre afin de resorber le chomage que l’industrie et les services locaux ne parviendront a pas a engager.Il faudra plus que gagner des elections pour remettre de l’ordre et guerir les plaies profondes qu’a subi le Burundi.

  6. il fait que la jeunesse soit consciente d- elle même.

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