Burundi : « une nouvelle rébellion naît sous nos yeux »

https://i2.wp.com/s1.lavenircdn.net/Assets/Images_Upload/Actu24/2015/05/20/2bd41a64-ff19-11e4-9d58-1d5ce7bb996f_web_scale_0.1530083_0.1530083__.jpgLentement mais inexorablement, le mouvement de contestation brutalement réprimé contre le président Pierre Nkurunziza se mue en une insurrection armée. Dans une Afrique des Grands Lacs à l’histoire jalonnée de massacres et de mouvements armés, « une nouvelle rébellion naît sous nos yeux », s’alarme un analyste burundais.

La situation au Burundi « est en train de dégénérer rapidement en un conflit armé qui pourrait avoir des répercussions dans toute la sous-région, avec un risque d’atrocités de masse », a solennellement mis en garde, lundi 10 août, Ivan Simonovic, le secrétaire général adjoint du Haut-commissariat aux droits de l’homme.

Encore latente, « la guerre est en pratique déjà déclenchée », estime Innocent Muhozi, figure de la société civile burundaise. La capitale a remplacé comme champ de bataille les collines verdoyantes où se déroula la terrible guerre civile qui déchira le pays de 1993 à 2006 entre une armée dominée par la minorité tutsi et le peuple paysan hutu.

Un climat de peur alimenté par les combats nocturnes

Presque chaque nuit, Bujumbura résonne de rafales d’armes automatiques et de détonations de grenades. Le bilan de ces violences, qui s’intensifient inéluctablement, reste méconnu. Voitures incendiées et cadavres sont retrouvés au petit matin. Quartiers bouclés, rafles d’opposants présumés et perquisitions par la police se multiplient la journée.

Après être difficilement parvenu à étouffer les manifestations contre lui, au terme d’une répression implacable ayant fait une centaine de morts, le président Pierre NKurunziza a finalement été réélu fin juillet à la tête du pays. Une réélection lors d’un scrutin contesté qui n’a pas apaisé les tensions.

Les policiers hésitent dorénavant à rentrer dans les quartiers contestataires, où ils sont pris pour cible. « La nuit venue, les quartiers se barricadent, avec patrouilles d’hommes armés et tours de garde par des groupes parfaitement organisés », explique un habitant, « les kalachnikovs sont là, les jeunes se disent bien équipés et attendent les policiers de pied ferme ».

L’assassinat le 2 août, dans une expéditive attaque à la roquette, de l’homme fort de l’appareil sécuritaire, le général Adolphe Nshimirimana, a marqué une nouvelle escalade. Le parti présidentiel CNDD-FDD a dénoncé une campagne d’élimination ciblée de ses responsables.

Le voisin rwandais pointé du doigt par le régime

« Avant les élections, le pouvoir accusait les manifestants pacifiques d’être des insurgés. Ils le sont devenus ! », ironise l’analyste : « Après l’exécution d’Adolphe, tout le monde attend leur prochain coup. On ne sait pas où ils vont frapper, mais personne ne doute que ça va faire mal ».

La ville bruisse de rumeurs invérifiables, jeunes disparus du jour au lendemain, ayant rejoint le maquis ou un pays voisin pour une formation militaire, désertions en cascade au sein de l’armée, tandis que la police met en garde contre des rebelles opérant en uniformes.

« Il y a une montée en puissance (des insurgés), avec une professionnalisation évidente et une capacité opérationnelle accrue », constate l’analyste. Une source sécuritaire occidentale confirme l’infiltration récente dans les quartiers d’hommes aguerris et bien entraînés.

Face à cette situation, Le camp présidentiel dénonce de plus en plus ouvertement les « agissements » du Rwanda voisin. Le pays est devenu ces derniers mois la plaque tournante de l’opposition burundaise en exil.

Début juillet, un mystérieux groupe armé a affronté les forces de sécurité près de la frontière. Près de 200 de ces « rebelles » ont été capturés et ont affirmé être venus du Rwanda voisin, où ils auraient suivi un entraînement.

Une insurrection aux nombreuses ramifications

Réfugiés à l’étranger, des généraux putschistes ont appelé à « sauver et libérer » le pays. « Nous allons d’ici peu arriver à Bujumbura avec un esprit victorieux », promettait fin juin le général Philibert Habarugira, se disant « sous les ordres » du général Godefroid Nyombare, meneur d’un coup d’Etat manqué en mai.

Parvenu à s’enfuir, Nyombare n’apparaît nulle part, mais son ombre plane sur cette rébellion en gestation et encore sans nom. Ancien compagnon d’arme du président Nkurunziza au sein de la rébellion hutu et ex-chef d’état-major, Nyombare a toute la légitimité pour mener la lutte.

« Les insurgés sont en train de se structurer, de se fédérer, sans doute sous l’influence d’un pays voisin », avance l’expert burundais. La plupart sont des manifestants et des militants de l’opposition radicalisés, venus notamment du parti MSD. « Mais contrairement aux insinuations du pouvoir, qui pointe régulièrement du doigt les zones tutsi, la majorité sont des Hutu ».

« Lors des manifestations, beaucoup de militants FNL (ex-mouvement rebelle hutu devenu parti d’opposition) donnaient des coups de main, ils sont aujourd’hui partie prenante de la rébellion », selon la même source.

Chef historique des FNL, Agathon Rwasa a accepté fin juillet de « jouer le jeu » des institutions. Mais sur le terrain, « ses partisans sont en première ligne » dans les collines qui enserrent la capitale, « où les réseaux FNL ont sans doute joué un grand rôle pour l’approvisionnement en armes des quartiers insurgés ».

Le Monde.fr avec AFP Le 12.08.2015 à 11h55

Publié le 12 août 2015, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Voici mise à nu, imprimée noir sur blanc dans cet article du journal Le Monde, la racine de tous les génocides au Burundi: «la minorité tutsi et le peuple paysan hutu».

    Selon cette phrase assassine, si les hutus SONT UN PEUPLE, les tutsis eux NE SONT PAS UN PEUPLE mais seulement une «minorité». Donc le Burundi aurait un peuple (i.e. hutu), à côté duquel existerait un groupe distinct qui ne fait pas partie du «peuple».

    Le groupe en question est en fait une population humaine naturelle, qui se trouve être tutsie. Or une population ne peut pas être une minorité car ses membres en constituent 100%, ce qui est tout le contraire d’une minorité.

  2. mais vous oubliez tjrs l’existance de Dieu tjrs gagnant. uba umuhutu umututsi ufise amaraso atukura.kandi umuntu aratangura ingwano ataziko atsinda.genda buhoro hama muzungurutse imitwe.imana yashizeho amategeko wibaza ngo ntabihamo bitegekanije kuwurenze iri na ririya? mbe mwebwe abantu ko misi yose mushira ibihamo imbere muri abantu none uwishe umuntu afise image de Dieu we azohanishwa iki? mwame mwibuka ko ucira icobo umwansi imana ikamucira icanzo.imana yabahaye ubwenge mwibaza ko itarizi ko hari abazobukoresha mugukora ibibi ariko ntiyibagiwe kubereka ikibi n iciza. amen

  3. mbega ahuvuga ngo lamasse paysanne hutue nta masse paysanne tutsie ntibaho bamwitonda basha burya aho mwabukaranga twari musi yurujo mwaramenyereye kutugira ibiraro kugira mushikire inyungu zanyu mugabo muzoteba muhinyuka.

  4. Igihugu c’uburundi camye kirimwo abagabo kandi nibo bazokibogora. Abakoresha igikenye baramyeho kuva bwikukiye kandi nubu mbona ataho bagiye ahubwo bahinduye isura gusa ubu ntibakiri abahima. Ariko muri vyose ikinezereje nuko abarundi barakanuye kuko barabonye ko hatica ubwoko ariko hica intwaro mbi.Intwaro mbi zose zirasa kandi zikoresha uburyo bumwe,ni ryogora duhure,ni utankurikiye turahura,ni numa jewe jenyene mvuge kandi biyita ko bakunda igihugu ariko ubiravye neza bakunda inyungu zabo bwite. Wovuga gute ko ukunda igihugu abakibamwo bose bakugarizwa nubukene butagira izina ugakomeza kuvuga ko vyose bigenda neza, abantu batabaza ko umutekano wabo ubangamiwe,ukica amatwi,abantu birigwa barahigwa buhongo abandi bicwa atagitabara. Uwitwa kwari umukuru wigihu agakomeza kwivugira ngo vyose bigenda neza.Ikindi gitangaje cane nuko uwo mukuru wigihugu nyene yahisemwo gutoranya abo aririra nabo ataririra nkuko umengo abarundi ntibangana. Ni ingendo yerekana neza ko atakiri sebarundi akazi ko gutwarira bose kamunaniye. Nico gituma ubu hageze aho abakunda igihugu koko banyarutsa bakagitabara
    kuko banda yamutaye bakigejeje kure,basigaye batekera amazi murukangaga mugukoresha indimi nyinshi zububeshi aho baciye hose. Imana itabare ningoga igihugu c’uburundi kuko kigeze kure.

  5. « Après l’exécution d’Adolphe, tout le monde attend leur prochain coup » Qu’est-ce que ceci veut insinuer? Que les jeunes ont descendu Adolphe?

    D’une pierre, plusieurs coups de manipuler l’opinion! Ici le Rwanda, le MSD, les fausses déclarations du général Philibert Habarugira sont tous visés pour justifier les représailles nocturnes et fatales que le gouvernement conduit dans les quartiers de la résistance contre le 3ieme mandat!

    En impliquant le Rwanda, Nkurunziza et ses sbires extrémistes se cherchent la sympathie de la masse paysanne hutue qui interprétera ce conflit sous l’angle ethnique!

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