Trois scénarios pour le troisième mandat de Nkurunziza

https://i0.wp.com/www.jeuneafrique.com/medias/2015/08/10/Burundi-p10-592x296.jpg

Dans le quartier de Nyakabiga, le 21 juillet. © Tyler Hicks/The New-York Times-Redux-REA

Le troisième mandat contesté du président Nkurunziza s’ouvre sous de sombres auspices. Ce sportif émérite saura-t-il faire preuve de souplesse pour sortir de la crise ? Trois scénarios se profilent.

Le matin du 2 août, le régime burundais est frappé en plein cœur. Le bras droit de Pierre Nkurunziza, le général Adolphe Nshimirimana, est tué à Bujumbura dans une attaque à la roquette. Dans les heures qui suivent, c’est l’escalade. Esdras Ndikumana, journaliste et correspondant de l’AFP et de RFI, est arrêté et roué de coups. Le lendemain, Pierre-Claver Mbonimpa, le plus célèbre militant des droits de l’homme du pays, est touché de deux balles, au cou et à la tête. Il échappe miraculeusement à la mort.

Comment en est-on arrivé là ? Depuis que le président Nkurunziza a annoncé, le 25 avril, son intention de se représenter, le Burundi vit sur une poudrière. Dès la fin avril, les forces de l’ordre tirent à balles réelles sur les manifestants opposés à ce qu’il brigue un troisième mandat. Bilan (après trois mois de crise et la réélection très contestée de Pierre Nkurunziza, le 21 juillet) : une centaine de morts, au moins 600 arrestations et 180 000 Burundais en fuite à l’étranger. Aujourd’hui, le sort du pays est entre les mains d’une poignée d’hommes.

Les acteurs clés de la crise

Pierre Nkurunziza : À 51 ans, cet ancien chef rebelle hutu des Forces pour la défense de la démocratie (FDD) se croit prédestiné depuis ce jour de 2001 où des crocodiles ont chassé les militaires qui le pourchassaient dans le maquis. En août 2005, il est élu président. Jean, polo, casquette… Dans ses meetings, l’ancien professeur de gymnastique joue la décontraction et la proximité avec le peuple. Mais depuis le 2 août, le ton est plus grave et il appelle au calme, comme s’il craignait que ses partisans ne déclenchent un nouveau cycle de massacres à grande échelle – 300 000 morts entre 1993 et 2005

Alain Guillaume Bunyoni : Depuis la mort du général Adolphe Nshimirimana, il est le nouveau bras droit du président. Issu du maquis des FDD comme Nkurunziza, cet ancien chef de la police incarne l’aile dure du régime. Aujourd’hui, il a la haute main sur les Imbonerakure, les jeunes miliciens du parti au pouvoir, qui font régner la terreur sur les collines et dans les quartiers contestataires de la capitale

Godefroid Niyombare : Où est passé le leader des putschistes ? Est-il encore en vie ? Après des années de maquis au sein des FDD, ce fidèle de Pierre Nkurunziza devient chef d’état-major en 2009, puis chef des services de renseignements en 2014. Hostile à un troisième mandat du président, il a tenté de le renverser ce 13 mai. Deux jours plus tard, c’est l’échec et l’officier disparaît. Dans le maquis, disent ses partisans. Celui qui courait les caméras est invisible depuis.

Léonard Nyangoma : Ancien ministre de Melchior Ndadaye, le premier chef de l’État burundais élu démocratiquement, ce professeur de mathématiques est un revenant. En septembre 1994, onze mois après l’assassinat du président Ndadaye, il crée le Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD) et sa branche armée, les FDD. Puis, dans le maquis, il se fait « doubler » par Pierre Nkurunziza. Le 2 août dernier à Addis-Abeba, au terme de deux jours de discussions entre une vingtaine de leaders de l’opposition, il est élu président d’un nouveau Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha et pour la restauration de l’État de droit au Burundi (Cnarec). Le jour où l’opposition arrachera des négociations, il sera incontournable…

Les scénarios

Le pire : Après les violences de ce mois d’août, l’ONU et l’Union européenne déplorent une « détérioration rapide de la situation sécuritaire » et ne cachent pas qu’elles craignent un retour à la guerre civile. Faut-il craindre des massacres inter-ethniques comme en 1993-2005, quand l’armée à dominante tutsie et les rébellions hutues se combattaient férocement ? Heureusement, on n’en est pas là. Aujourd’hui, la ligne de fracture se situe autant à l’intérieur de la communauté hutue, voire à l’intérieur du CNDD-FDD, qu’entre les deux communautés. Mais à Bujumbura, chaque quartier a choisi son camp et de nombreux habitants se barricadent la nuit avec des armes à feu. Dans les provinces de Kayanza et de Cibitoke, près de la frontière rwandaise, une rébellion est apparue le 10 juillet. À la moindre étincelle…

Le pourrissement : Le 2 août, après l’assassinat du numéro deux du régime, les appels au calme de Pierre Nkurunziza ont été dans l’ensemble entendus. Preuve que le régime tient encore ses troupes. Fort du rapprochement avec les Forces nationales de libération (FNL) de l’opposant Agathon Rwasa, qui a accepté le 30 juillet d’être élu vice-président de l’Assemblée, le régime peut espérer neutraliser les fiefs des FNL dans la province de Bujumbura rural. Grâce au soutien de la Russie et de la Chine, Nkurunziza compte aussi sur l’inaction du Conseil de sécurité de l’ONU. Son calcul ? Une grande lassitude de la communauté internationale, qui, au bout du compte, pourrait le laisser modifier la Constitution afin de se représenter ad vitam aeternam.

L’ouverture : Après l’attentat du 2 août, les opposants au troisième mandat peuvent s’enhardir et multiplier les opérations commandos dans la capitale et en province. Fers de lance de cette opposition : les putschistes du 13 mai. Au Burundi, l’aide internationale représente la moitié des dépenses de l’État. Sous la pression des bailleurs de fonds, qui envisagent de couper leurs subsides, Nkurunziza pourrait être obligé de négocier une solution transitoire qui le maintiendrait au pouvoir pour une durée limitée, le temps d’organiser un nouveau scrutin.

Christophe Boisbouvier, le 12 août 2015 à 09h53, http://www.jeuneafrique.com

Publié le 12 août 2015, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. 6 Commentaires.

  1. Dans tous les cas,c’est le bas peuple qui périt!On se bat pour la liberté,mais quand on pense y arriver,on est déçu par nos leaders!!E.g,Rwasa!!Il a interdit à ses militants d’aller voter aux scrutins législatives et communales,mais il a fini par occuper la chaise que lui a offerte le CNDD FDD,oubliant la sueur et le sang de ses fidèles.Les uns ont été massacrés depuis 2006,les autres croupissent dans les cachots!!POLITIQUE BURUNDAISE=DECEPTION!!!

  2. PROPAGANDE ACCRUE POUR INSTALLER NKURUNZIZA A LA TETE D`UNE TRANSITION

    Dernière propagande pour consommer le coup d’état constitutionnel de Nkurunziza. Avec les moyens de l’État la presse étrangère est engagée pour créer une rébellion imaginaire. Alors que les tortionnaires campent dans les quartiers symbolisant la résistance…..Shuhhh! Nous sommes à moins de 2 semaines de son investiture!

    La semaine passée. La journaliste spécialiste de la région des Grand- Lacs Mme Colette Breackam était mieux placée pour commencer cette campagne. Cette dernière proposait que le Président commanditaire des massacres de son propre peuple garde son poste pendant une période transitoire – une pilule que la communauté internationale, par manque de l’alternative au sein d’une opposition quasi inexistante, veut faire avaler au peuple Burundais.

    A l’origine de ce conflit, il était question de la candidature de Pierre Nkurunziza à un mandat présidentiel de trop en violation de la constitution et des accords d’Arusha. Ironiquement, le 3ieme mandat n’est plus d’actualité malgré le forcing des élections caractérisé par des crimes contre l’humanité.

    D’après les proches du pouvoir, c’est un fait accompli. Le President Nkurunziza et ses sbires auraient déjà négocié avec la communauté internationale et seront prêts à négocier avec le CNARED et accepter une période de transition. La seule condition : Nkurunziza lui-même dirige cette transition et place les hommes qui l’ont protégé pendant la crise dans des postes stratégiques.

    D’autres proches du pouvoir ajoutent même que le général Adolphe Nshimirimana serait victime de cette question de transition. Pour les pro- négociations, le système qu’ils représentent était sous pressions internationale et risquerait d’être trainé devant la cour pénale internationale pour les massacres des manifestants commis quotidiennement depuis le mois d’avril. Pour les anti-négociations, à la tête desquels se trouvait le défunt général, il n’était pas question de négocier puisque cela pouvait engendrer une défaite au plan de couper cours avec les accords d’Arusha.

    Le général était donc devenu un obstacle à un arrangement entre d’une part, les pro-Nkurunziza qui veulent s’en tirer impunément par une porte de sortie honorable (que prônent Colette Breackman et les autres) et d’autre part, la communauté internationale qui veut trouver une solution rapide et moins chère! Cette thèse justifie la lassitude de la communauté internationale et le manque de condamnation des crimes qui se commettent au grand soleil.

    Ainsi, le 26 aout 2015, Pierre Nkurunziza, Willy Nyamitwe, Guillaume Bunyoni, Pascal Nyabenda, Gervais Ndirakobuca et d’autres se donneront rendez-vous dans une tribune remplie des invités d’honneur pour les cérémonies de l’investiture d’un Président qui a essayé de violer la constitution et les accords d’Arusha en massacrant son peuple! Un gouvernement dit « union nationale » sera mis en place et comprendra les membres du parti FNL, UPRONA, CNARED, Société Civile. Un mea culpa honteux et très dangereux pour le pays, car l’injustice se pérennise.

    Le sang de Komezamahoro, de Zedi Feruzi et d’autres patriotes tombés sous les balles de la police gouvernementale en collaboration avec les imbonerakure pour protéger la démocratie, sera donc versé en vain!

  3. Mazambo Innocent

    Pour nous faire comprendre que parmis les auteurs de crise burundaise il’y a pas des tutsis!

  4. Faux Peter sera assassine par les generaux dd comme ils viennent de le faire pour le voyous de kamenge uwushaka umuhutu amutuma uwundi

  5. Bonjour,
    Je lis souvent vos articles, mais je me demande toujours pourquoi vous publiez sans mentionner la source?…À titre d’exemple, l’article ci-dessus a été aussi publié dans un autre quotidien.

Bienvenue sur notre forum de discussion. Postez votre commentaire en restant courtois et poli. Les commentaires redigés en MAJUSCULES ne passeront pas. Merci.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :