Au Burundi, la genèse d’une rébellion

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Les manifestants ont marché depuis le bar du général Nshimirimana jusqu’au lieu de son assassinat (AFP PHOTO / GRIFF TAPPER)

A partir de quand peut-on dire qu’un pays est en guerre civile? Lentement mais inexorablement, le mouvement de contestation brutalement réprimé contre le président Pierre Nkurunziza se mue en insurrection armée.

Dans une Afrique des Grands Lacs à l’histoire jalonnée de massacres et de mouvements armés, « une nouvelle rébellion naît sous nos yeux », s’alarme un analyste burundais. »

« Le risque de violences importantes, le risque que la situation au Burundi échappe à tout contrôle est, de fait, tout à fait réel », a déclaré un porte-parole de l’ONU, Stephane Dujarric.

Encore latente, « la guerre est en pratique déjà déclenchée », estime Innocent Muhozi, figure de la société civile burundaise.

La capitale a remplacé comme champ de bataille les collines verdoyantes où se déroula la terrible guerre civile qui déchira le pays de 1993 à 2006 entre une armée dominée par la minorité tutsi et le peuple paysan hutu.

Presque chaque nuit, Bujumbura résonne de rafales d’armes automatiques et de détonations de grenades. Le bilan de ces violences, qui s’intensifient inéluctablement, reste méconnu. Voitures incendiées et cadavres sont retrouvés au petit matin. Quartiers bouclés, rafles d’opposants présumés et perquisitions par la police se multiplient la journée.

Après être difficilement parvenus, au terme d’une répression implacable ayant fait une centaine de tués, à étouffer deux mois de manifestations pacifiques contre M. Nkurunziza (finalement réélu fin juillet pour un troisième mandat), les policiers hésitent dorénavant à rentrer dans les quartiers contestataires, où ils sont pris pour cible.

« La nuit venue, les quartiers se barricadent, avec patrouilles d’hommes armés et tours de garde par des groupes parfaitement organisés », explique un habitant, « les kalachnikovs sont là, les jeunes se disent bien équipés et attendent les policiers de pied ferme ».

L’assassinat le 2 août, dans une expéditive attaque à la roquette, de l’homme fort de l’appareil sécuritaire, le général Adolphe Nshimirimana, a marqué une nouvelle escalade, le parti présidentiel CNDD-FDD dénonçant une campagne d’élimination ciblée de ses responsables.

-‘Ça va faire mal!’-

« Avant les élections, le pouvoir accusait les manifestants pacifiques d’être des insurgés. Ils le sont devenus! », ironise l’analyste: « Après l’exécution d’Adolphe, tout le monde attend leur prochain coup. On ne sait pas où ils vont frapper, mais personne ne doute que ça va faire mal ».

La ville bruisse de rumeurs invérifiables, jeunes disparus du jour au lendemain, ayant rejoint le maquis ou un pays voisin pour une formation militaire, désertions en cascade au sein de l’armée, tandis que la police met en garde contre des rebelles opérant en uniformes.

« Il y a une montée en puissance (des insurgés), avec une professionnalisation évidente et une capacité opérationnelle accrue », constate l’analyste. Une source sécuritaire occidentale confirme l’infiltration récente dans les quartiers d’hommes aguerris et bien entraînés.

Le camp présidentiel dénonce de plus en plus ouvertement les « agissements » du Rwanda voisin, devenu ces derniers mois la plaque tournante de l’opposition burundaise en exil.

Début juillet, un mystérieux groupe armé a affronté les forces de sécurité près de la frontière. Près de 200 de ces « rebelles » ont été capturés et ont affirmé être venus du Rwanda voisin, où ils auraient été entraînés.

Réfugiés à l’étranger, des généraux putschistes ont appelé à « sauver et libérer » le pays. « Nous allons d’ici peu arriver à Bujumbura avec un esprit victorieux », promettait fin juin le général Philibert Habarugira, se disant « sous les ordres » du général Godefroid Nyombare, meneur d’un coup d’Etat manqué en mai.

Parvenu à s’enfuir, Nyombare n’apparaît nulle part, mais son ombre plane sur cette rébellion en gestation et encore sans nom. Ancien compagnon d’arme du président Nkurunziza au sein de la rébellion hutu et ex-chef d’état-major, Nyombare a toute la légitimité pour mener la lutte.

« Les insurgés sont en train de se structurer, de se fédérer, sans doute sous l’influence d’un pays voisin », avance l’expert burundais. La plupart sont des manifestants et des militants de l’opposition radicalisés, venus notamment du parti MSD. « Mais contrairement aux insinuations du pouvoir, qui pointe régulièrement du doigt les zones tutsi, la majorité sont des Hutu ».

« Lors des manifestations, beaucoup de militants FNL (ex-mouvement rebelle hutu devenu parti d’opposition) donnaient des coups de main, ils sont aujourd’hui partie prenante de la rébellion », selon la même source.

Chef historique des FNL, Agathon Rwasa a accepté fin juillet de « jouer le jeu » des institutions. Mais sur le terrain, « ses partisans sont en première ligne » dans les collines qui enserrent la capitale, « où les réseaux FNL ont sans doute joué un grand rôle pour l’approvisionnement en armes des quartiers insurgés ».

AFP , le 12 août 2015 à 17h55, http://www.rtl.be/info

Publié le 13 août 2015, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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