Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies doit agir

https://i1.wp.com/www.amnesty.fr/sites/default/files/imagecache/Vignette_page/210362_burundi-politics-unrest_2.jpgA l’occasion de la 30 e session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui se tient à Genève en ce moment, nous demandons au Conseil de prendre sans attendre les mesures nécessaires pour prévenir de nouvelles violations graves des droits humains dans le pays.

Après plus d’une décennie durant laquelle le Burundi, sorti de la guerre civile, a connu une situation de paix et de stabilité relatives, le pays se retrouve aujourd’hui en pleine crise politique et voit planer le risque d’un nouveau conflit armé interne.

Le rapport établi pour cette session par le rapporteur spécial sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition à l’issue de sa mission au Burundi souligne la nécessité de mettre en œuvre de sérieux efforts pour réparer les violations commises dans le passé afin d’en finir avec la tradition d’impunité et de garantir la protection des droits humains, aujourd’hui et dans le futur.

UN CONTEXTE DE CRISE

Le 26 avril 2015, des manifestations contre la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat à la tête du pays ont commencé à Bujumbura, la capitale du Burundi. Elles se sont poursuivies jusqu’à la mi-juin. De nombreux Burundais ont vu dans l’initiative du président une violation de la Constitution et de l’Accord d’Arusha de 2000, qui a mis fin à la guerre civile dans le pays.

Le 13 mai, des officiers militaires ont tenté de renverser le gouvernement. Après d’intenses combats entre leurs partisans et les branches de l’armée restées fidèles au chef de l’État, les leaders de la tentative ont reconnu leur échec le lendemain. Le 25 juin, le général Philbert Habarugira, réfugié à l’étranger après avoir participé au putsch avorté, a annoncé dans un message audio diffusé sur Internet qu’il comptait organiser une rébellion armée contre le gouvernement du président Pierre Nkurunziza.

Le 24 juillet, Pierre Nkurunziza a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle. Il a été officiellement investi dans son troisième mandat le 20 août.

Le général Adolphe Nshimirimana, ancien chef des services du renseignement et allié proche du président, a été assassiné le 2 août. Depuis, plusieurs homicides ciblés sont intervenus, aussi bien contre des membres du parti au pouvoir que contre des opposants.

USAGE EXCESSIF DE LA FORCE LORS DES MANIFESTATIONS

Alors que des préparatifs avaient été mis en place pour la gestion des rassemblements publics pendant la période électorale de 2015, le gouvernement a décrété l’interdiction de toutes les manifestations. Face aux mouvements de protestation d’avril, les autorités ont réagi comme s’il s’agissait d’une insurrection. Cette attitude, loin de désamorcer la contestation, n’a fait que l’exacerber.

Amnesty International a recueilli des informations montrant que la police a réprimé avec violence les manifestations de Bujumbura. Face aux manifestants, les policiers ont recouru à une force excessive, disproportionnée et parfois meurtrière, allant jusqu’à tirer sur des manifestants non armés qui s’enfuyaient. Même lorsque des enfants se trouvaient parmi les manifestants, les agents n’ont fait preuve d’aucune mesure dans l’usage de balles réelles et de gaz lacrymogène. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance, huit enfants au moins ont été tués dans le cadre de la crise actuelle.

On ne dispose guère d’information sur des enquêtes qui auraient pu être ouvertes sur les incidents liés aux manifestations. Personne parmi les victimes ou proches de victimes interviewés par Amnesty International n’avait porté plainte contre la police. Plusieurs parents de victimes et membres du personnel médical ont fait état d’actes d’intimidation de la part des forces de sécurité et expliqué qu’ils avaient de ce fait peur de porter plainte.

DES MILITANTS TORTURÉS APRÈS LES MANIFESTATIONS  

Depuis avril 2015, la police nationale du Burundi et le service du renseignement ont utilisé la torture et d’autres formes de mauvais traitements en détention, pour extorquer des « aveux » forcés à des opposants au président Nkurunziza et pour étouffer les voix dissidentes. Amnesty International a reçu les témoignages d’un militant des droits humains et d’un journaliste arrêtés en raison de leur participation présumée à des manifestations. Les deux hommes ont déclaré avoir été frappés à coups de barre de fer, de câbles électriques et de matraque, soumis à des décharges électriques et contraints à s’assoir dans de l’acide pour batteries.

Plusieurs agents publics et militants burundais des droits humains ont déclaré à Amnesty International que la pratique de la torture était en hausse dans le pays. En mai et en juillet 2015, Amnesty International a interviewé 11 hommes qui ont déclaré avoir été soumis à la torture et à d’autres mauvais traitements, dans deux lieux distincts de Bujumbura. L’organisation s’est également entretenue avec deux hommes qui ont vu d’autres personnes subir ce genre de traitements. Ces récits, ainsi que les informations recueillies auprès d’autres sources dignes de foi, mettent en évidence le fait que les cas sur lesquels Amnesty International a travaillé s’inscrivent dans un contexte bien plus large de torture et de mauvais traitements en détention au Burundi.

DES MÉDIAS INTERDITS D’ÉMETTRE

La répression contre les médias indépendants s’est fortement accentuée depuis le putsch raté. Les 13 et 14 mai, les infrastructures de quatre stations de radio indépendantes ont été détruites par des inconnus. Le 26 avril, ces médias s’étaient vu imposer l’interdiction d’émettre en dehors de Bujumbura. Des journalistes burundais et étrangers ont reçu des menaces de la part d’agents de l’État. La presse écrite fonctionne toujours, mais non sans difficultés. Le 3 août, Pierre Claver Mbonimpa, un militant des droits humains très connu, a survécu à une tentative d’assassinat perpétrée par des hommes armés.

CHAÎNE DE COMMANDEMENT  PARALLÈLE AU SEIN DE LA POLICE 

En interviewant des policiers et des spécialistes burundais du maintien de l’ordre, Amnesty International a constaté que, pour servir leurs intérêts personnels ou politiques, des personnes occupant des postes à responsabilité contournaient la chaîne de commandement officielle de la police et donnaient des ordres s’inscrivant en violation des normes régionales et internationales en matière de droits humains, y compris du droit à la vie. Tant qu’on laisse fonctionner ces structures de commandement parallèles, les initiatives entreprises en vue de réformer le secteur de la sécurité et l’important effort de formation qu’a relevé le rapporteur spécial sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition risquent de ne pas porter leurs fruits.  Seule la volonté politique de mettre un terme à ces pratiques pourra permettre d’éradiquer la culture de l’impunité au Burundi. Comme l’a noté le rapporteur spécial, « une tradition d’impunité est à la fois la manifestation et la cause des faiblesses institutionnelles ».

Télécharger les recommandations

22/09/2015, http://www.amnesty.fr

Publié le 22 septembre 2015, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

  1. Le pire est deja la : Les massacres sont en cours. Peut etre qu’on attend le chiffre d’un million.

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