Dialogue ou négociations ? (par NAHIMANA Terence)

Burundi-Negociations-DemocratieIl ne faut pas se leurrer. Fort de l’affaiblissement de ses adversaires -étouffement des manifestations, échec de la tentative de coup d’état, fébrilité de l’opposition- aveuglé par ses « visions » et les « révélations divines» à son fils et à sa femme, hanté par les cris des victimes de son sanglant coup d’état constitutionnel et rasséréné par l’ambigüité ou l’attentisme de certaines positions de la communauté internationale, M. Nkurunziza ne négociera rien sans y être contraint par le balancier des rapports de force. Il utilisera tous les subterfuges pour faire diversion et gagner du temps. Ainsi, le dialogue qu’il est entrain de concocter n’est qu’une manœuvre dilatoire. Comme le fut la participation de son parti au cadre initié par le BNUB.

En effet, il s’est joué de ses interlocuteurs et a superbement ignoré tout ce qui avait été acquis par le consensus: rejet de sa proposition d’amendement de la Constitution, feuille de route, loi électorale et code de conduite. De sorte qu’il a bloqué toute possibilité de discussion sur les mécanismes de leur mise en application : Ceni inclusive, fichier électoral transparent ou Cour spéciale électorale. De tels instruments faisaient barrage à ses ambitions illégitimes. Ce qui prouve à suffisance que son coup d’état a été minutieusement prémédité et confère une particulière gravité à sa haute trahison. Sans oublier son refus de mettre en place la Haute Cour de justice ou la reconduction forcée du président et du porte-parole de la Ceni. Le dialogue a donc vécu.

Il faut désormais exercer une forte pression sur M. Nkurunziza pour l’amener à la table des négociations et trouver une sortie honorable pour lui, pour ses fidèles et pour le peuple burundais. Et ce à l’extérieur du Burundi sous la médiation d’une haute figure morale. Soit dit en passant, pour sa valeur hautement symbolique, Arusha est le lieu idéal. Mais pour des raisons évidentes, il faut tout faire pour éviter que la guerre civile s’invite dans l’arsenal d’une telle pression.

La meilleure option est la reprise de la mobilisation citoyenne, sous forme de désobéissance civile, comme le suggèrent certaines voix. Non seulement elle sera moins meurtrière qu’une nouvelle confrontation armée, mais encore entraînera-t-elle une plus grande appropriation de la démocratie par le peuple burundais, constituant, ainsi, un solide rempart contre toute tentation autocratique ultérieure.

Comme le prouve la terreur qu’il exerce contre la population, M. Nkurunziza préfère sans doute avoir à faire à une guerre civile plutôt qu’à une révolution populaire. En effet, alors que celle-là lui permettrait de se battre pendant un certain temps -voire même d’achever son troisième mandat- celle-ci pourrait le chasser en quelques jours. Mais pour faire taire les sirènes guerrières chaque jour plus menaçantes, elle doit être organisée dans les meilleurs délais, prendre une ampleur nationale et s’abstenir de toute violence. Deux autres conditions sont essentielles à son plein succès.

L’une est que, dans une démarche fédératrice, l’opposition se décrispe, parle d’une seule voix, soit proactive et propose un projet concret de négociations et une alternative politique crédibles. Ceux-ci doivent capitaliser sur le dialogue politique initié par le BNUB, s’inspirer des Accords d’Arusha et de Pretoria, puiser dans les actes du projet « Cadres de dialogue » et bâtir sur nos valeurs culturelles fondamentales de l’institution des Bashingantahe. Toutes références qui constituent des socles solides sur lesquels ériger les résultats attendus des négociations, notamment le renforcement de nos institutions, l’organisation d’élections libres et équitables et la justice transitionnelle si longtemps -trop longtemps- différée.

L’autre est que l’armée honore le nom qu’elle porte de « Force de Défense Nationale » en prenant fait et cause pour la nation et le peuple burundais. Sans quoi elle pourrait en pâtir gravement et répondre, devant l’histoire, de trahison et de non-assistance à peuple en danger si celui-ci devait se retrouver en état de légitime (auto)défense.

L’une et l’autre requièrent un leadership visionnaire, rassembleur, courageux et totalement dévoué au bien commun : ni ukuvuga imboneza n’indongozi zibushitse, zishira ubuntu imbere y’ibintu, igihugu imbere y’igihumbi, n’ubutwari imbere y’ubutware.

Terence Nahimana

Publié le 3 octobre 2015, dans BUJUMBURA News. Bookmarquez ce permalien. 5 Commentaires.

  1. Mushingantahe Nahimana: Wavyihweje neza Kandi wanahanuye abarundi cane cane abari imbere mu kurondera inyishu ! Uti, Nkurunziza prefere la guerre que les manifestations pacifiques? Emwe ego nukuri, amakungu yarabibonye kuva le 26 avril .qui dit manifestations veut dire dialogue, se dire la verite pour trouver une sortie honorable! Or, Nkurunziza et sa clique ont peur de la verite puisque cela aboutira a la chute d’une 3 ieme mandat illegal! Donc, ils ont prefere le forcing, la force et toute les divisions possibles (ethniques, au sein des forces armees) pour rester au pouvoir! Leur plan de destabilization semble reussir puisque les tueries sont devenues monnaie courante! La mort est devenue banale malgre que le peuple a patriotiquement refuse de tomber dans le piiege ethnique! Nkurunziza tue les hutu et les tutsi! Ce n’est pas le dialogue ou les negotiations qui vont pousser Nkurunziza et ses sbires a revenir a la raison. Ils ne comprenent que la langue des canons!

  2. Nkurunziza nta dialogue ou negociation akwiye kuko yishe benshi cane Yasubije Uburundi
    mu marira amaraso n amaganya
    Ico akwiye nu kubohwa amaboko i mugongo akumva ububabare yagiriye Abarundi benshi
    ataco bazira atari ukumusaba ngo yubahirize amategeko
    Nagende mu munyororo bammurize muri itya jemamfu Ntakaronke Iteka twahaye abandi
    babaye Abakuru b Igihugu c Uburundi
    tugasaba nyabuna abarundi ko bahagurukira rmwe bagakiza Igihugu

  3. Impanuro za gishingantahe !!! Merci à vous Monsieur.

  4. Ivyo vyose uvuze nivyo,ayo majambo y,ikirundi yo arakondora umuntu yoca ahaguruka ubunyene,atara intege benshi, Merci bcp

  1. Pingback: Dialogue ou négociations ? (par NAHIMANA Terence) | tanganyikablog

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